Numer-Locus

Projet développé par Donatien Aubert.

Numer-Locus est un environnement 3D numérique et interactif. Il est possible de l’explorer en visiteur libre ou bien selon un parcours précalculé, en immersion, grâce à un casque de réalité virtuelle.

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Numer- Locus a été conçu selon les règles de l’art de la mémoire. Il s’agit d’un ensemble de techniques développées dans l’Antiquité puis raffinées au Moyen Âge et à la Renaissance, à des époques où l’accès à l’écriture était un privilège circonscrit dans le temps, connu principalement des aristocrates et des clercs. L’ars memoriae demandait des praticiens qui s’y exerçaient, qu’ils associent à chaque souvenir qu’ils souhaitaient conserver des allégories ou des images marquantes, qu’ils devaient entreposer dans des espaces mentaux, dont la scansion assurait la réactivation. Cette tradition a été revisitée au XXe siècle d’interaction homme-machine reposant sur la conduite du regard par l’image a redonné à l’art de la mémoire une place importante dans la réflexion intellectuelle. En témoignent les textes théoriques d’Ivan Sutherland portant sur la réalité virtuelle et plus généralement la culture cyberpunk et les jeux vidéo d’aventure.

Numer-Locus a été conçu comme plateforme pour conter l’histoire des techniques de représentation tridimensionnelle. Son environnement est subdivisé en cinq chambres, se rapportant chacune à une époque déterminante dans l’évolution des techniques de capture et de synthèse spatiale. La première est dédiée à l’art du Trecento, des peintures de Giotto et de ses contemporains, qui firent de l’axonométrie, la voie cardinale pour représenter les loci, les stations mentales de l’art de la mémoire.

La deuxième compile les différentes techniques développées aux XVe et XVIe siècles pour mathématiser les méthodes de traçage géométrique en perspective, pour ne plus les faire reposer uniquement sur l’intuition.

La troisième ordonnance les procédures imaginées au XIXe siècle pour enregistrer la structure d’objets sculpturaux mécaniquement, grâce à l’usage de la photographie (on peut penser à  la stéréoscopie, la photosculpture et la photogrammétrie).

La quatrième salle renvoie aux premiers développements de l’informatique graphique au XXe siècle.

Enfin la cinquième et dernière chambre abrite différentes maquettes rappelant les tournants décisifs du développement de l’architecture numérique. Lorsqu’on s’approche de chaque objet, on fait apparaître une surcouche informationnelle, qui dévoile une image d’archive, qu’il est possible de comparer avec le modèle 3D autorisant son invocation et ainsi d’en fixer le souvenir, comme nouvelles imagines agentes. Ce dispositif est l’occasion de souligner, en faisant remonter la transcription plastique des arts de la mémoire aux débuts des représentations en perspective, qu’ils garantirent en Europe l’avènement d’un nouveau régime scopique : la visualisation, qui repose sur la représentation d’un double, d’un fantôme isomorphique intérieur, imaginaire, le régime scopique privilégié de la modernité.

Donatien Aubert