Immersive hybridPlace

Le projet « Immersive hybridPlace » est porté par Sophia Kourkoulakou dans le cadre de sa thèse « Art interactif et illusions de lieux : Techno-anthropologie des espaces hybrides en réalité mixte.« et soutenu par l’ EUR ARTEC.

Il propose de créer une passerelle entre des contenus en réalités virtuelle et physique par une expérience spatiale augmentée. Son objectif principal est d’interroger cet aspect majeur de la condition médiatique contemporaine: le témoignage vidéo enregistré au smartphone.

Un dispositif technologique sur mesure sera créé permettant d’exposer des témoignages vidéo d’événements en invitant l’utilisateur à se positionner au sein d’une reconstruction de la scène documentée. Ainsi, le dispositif situe l’utilisateur dans une condition de spectateur engagé et dans une recherche active de vérité dans l’image.

Specifications Techniques

Le dispositif utilise la technologie du tracking pour reproduire en temps réel la spatialité de la scène documentée, afin d’y immerger l’utilisateur. Un environnement en réalité virtuelle (VR) est d’abord reconstruit en 3D à partir des éléments d’espace visible sur le témoignage vidéo. Puis, dans un espace d’exposition physique, la scène 3D reconstruite est projetée. Dans cet espace, une zone se démarque, correspondante à la projection du smartphone utilisé pour enregistrer le témoignage vidéo. L’utilisateur prend dans ses mains un objet tracké correspondant à un smartphone factice, et projette le cadre sur les murs. Ce dernier est juxtaposé au cadrage de sa caméra virtuelle. Avec ces gestes, l’alignement du cadre de son point de vu avec l’espace virtuel fonctionne comme déclencheur : la lecture du témoignage vidéo démarre. Par conséquence, l’utilisateur se retrouve en proximité intime avec la scène dont il découvre l’enregistrement, dans une configuration qui simule celle du témoin lui-même.

L’installation physique, immersive et interactive fonctionne comme un pont vers la scène 3D reconstruite, sans obliger le public à s’immerger complètement dans la scène via un casque VR. Ce dispositif permet aussi une expérience multi-utilisateur immersive et simultanée tout en restant moins exigeant en termes de ressources et d’équipements que la VR multi-utilisateur. Le dispositif propose ainsi à l’utilisateur de poursuivre un point de vue, celui du sujet témoin, qu’il ou elle a laissée dans la scène reconstruite.

« Champs / Hors champs » et post-vérité

La question du contenu situé à l’intérieur du cadre et/ou hors du cadre se pose à chaque instant: l’utilisateur doit constamment recadrer son appareil de vision pour que l’information disponible ne lui échappe pas. En invitant à cette chorégraphie du témoignage vidéo, le dispositif fait de l’utilisateur un “spectateur engagé.” Par là, le projet souligne le rapport à l’image nécessaire dans la condition contemporaine de post-vérité qui requiert un investissement actif de chacun dans la lecture et l’interprétation des images. En cela, le projet s’inscrit dans la recherche d’une ”esthétique d’investigation” – notion proposée par Forensic Architecture, le laboratoire d’enquête spatiale et médiatique basé à l’université Goldsmiths de Londres. Par la reconstruction des conditions techniques et spatiales du témoignage vidéo, le projet invite à la réflexion critique sur la singularité et la signification culturelle de ce mode médiatique particulier.

Porteuse du projet : Sophia Kourkoulakou (doctorante chercheure INREV/Université Paris8, membre de Spatial Media EnsadLab, ENSAD/PSL University) En collaboration avec Dr. Francesco Sebregondi (Forensic Architecture/Goldsmiths, University of London)

Conseil scientifique : Chu Yin Chen, professeure Univesité Paris 8 INREV – AIAC François Garnier, chercheur et enseignant EnsadLab Spatial Media ENSAD/ PSL University.

Projet soutenu par EU ARTEC 2020 et EnsadLab, ENSAD/PSL University